E-dipti-X

Electro-pop-progressive Band

Interview janvier 2018

Interview du JEco (Journal de l’actualité Electro), le 01 janvier 2018.


EdiptiX, kézako ?

Et non il ne s’agit pas d’un film coquin entre un garçon et sa maman…
Lisez donc E-diptic-X où le E et le X sont les initiales des artistes et le diptic rappelle leur formation en duo.
En tout cas voilà que le ton est donné, nous avons affaire à des cérébraux qui aiment jouer avec les mots.

C’est dans un état d’esprit critique que j’aborde ce premier album tout fraîchement livré sur Youtube.
Le duo se revendique Electro Pop Progressif, ce qui me rappelle non sans méfiance la foule d’ « artistes » qui se lancent avec plus ou moins de bonheur dans l’aventure de l’autoproduction et la diffusion sur les réseaux sociaux.

Alors, qu’en est-il au juste ?
Au bout du compte c’est une agréable surprise. Ce premier album rafraîchissant se laisse écouter.
L’expérimentation du chant varié (tantôt chanté, parlé, murmuré, vocodé…) apporte une touche de naïveté que l’on a envie d’emblée de voir évoluer au fil des albums.
La musique bien qu’électronique laisse place à certaines variations et interprétations qui gardent l’auditeur en éveil.

Nous avons eu l’occasion de rencontrer un peu par hasard les musiciens et d’improviser une interview à laquelle ils se sont volontiers pliés.

J : Tout d’abord, vous ne donnez pas vos noms. Vous voulez rester anonymes ?

E : Pas forcément, mais pour l’instant nous préférons utiliser un pseudo. Je n’ai pas spécialement envie de voir mon nom et mon visage échapper à mon contrôle sur Facebook.

De là à porter un masque il y a un pas même si j’aimerai travailler mon image. J’aime beaucoup le travail de Gorillaz en la matière. Mais bon il nous faudrait un dessinateur pour ça.

J : Parlez-nous un peu de cet album.

E : Je pense qu’on a pu amener une certaine cohérence malgré qu’on ne s’était fixé aucune contrainte dans la création des morceaux.

Les paroles portent sur la volonté de personnages timides et réservés de s’exprimer au travers de la musique, de rompre le silence de leur introversion.

Les sonorités sont très électros. On a travaillé principalement les sons sur Cubase en raison de la mise en place compliquée du studio.

L’album suivant sera je pense beaucoup plus vintage car basé sur les sonorités des machines trentenaires voir plus.

Comme nous ne nous imposons pas de contrainte je n’ai encore aucune idée du contenu. On va poursuivre notre exploration.

J : J’aime beaucoup le morceau My Dear Ducky, même si la première partie des paroles est un peu mystérieuse. Comment ce morceau est-il né et quel est votre morceau préféré ?

E : C’est vrai que la première partie est en fait un homage à mon ancien groupe, à son leader. Elles font allusions aux morceaux que nous jouions à l’époque.

J’aime ce morceau plus personel et mélancholique. L’arrangement de X est particulièrement réussi je trouve.

Sinon j’aime beaucoup Childs qui est une sorte de continuité d’un thème développé il y a des années et que nous avons totalement remanié.

Ce n’est pas du tout ce que j’imaginai au début, comme la plupart de nos morceaux et c’est d’autant plus intéressant.

J : Parlez-nous d’EdiptiX, que signifie ce nom et comment qualifiez-vous votre style ?

E : En fait il s’agit de nos initiales (E et X) combinées à la notion de duo, Diptique.

De mon côté je dirai que nous sommes un groupe Electro Pop Ambiant. Electro c’est évident, Pop en rapport avec notre jeunesse fin 80 et Ambiant pour notre approche plutôt progressive.

X : E comme Electronic, Eighties, Enjoy… trois adjectifs qui nous qualifient assez bien. Enfants des eighties, nous sommes tous les deux de la génération X. Nos influences primaires émanent évidemment de cette époque très synth pop mais nous sommes ouverts à d’autres horizons plus rock et progressif. Tant qu’on peut tourner des boutons et ‘slider’ du fader, nous sommes partants !

J : Comment est né le projet de votre groupe ?

X : Tout l’honneur revient à Enrico. Après le dernier concert de JMJ à Bruxelles, que nous sommes allés voir ensemble, le désir enfoui de resusciter ses synthétiseurs et de rejouer de la musique s’est réveillé chez E. Un immense merci à lui de m’avoir proposé de l’accompagner sur ce projet. J’ai plongé sur l’offre comme un gosse sur un morceau de gâteau qu’il lorgne depuis longtemps – 😊

J : Quel est votre parcours musical ?

E : Autodidacte. Je n’ai pas eu la chance d’apprendre la musique, mais je voue une fascination pour les synthés depuis que je suis tout petit.

Je crois que j’ai dû avoir mon premier clavier à 12 ans et que depuis j’ai toujours eu une machine à la maison.

J’ai joué à l’oreille la plupart des morceaux de Jean-Michel Jarre et des compilations Synthesizers et déchiffré quelques morceaux de variété.

Plus tard j’ai commencé à jouer dans des groupes de rock avec des amis, puis dans un groupe de psyché progressif pendant des années.

Après la vie m’a écarté de la musique pendant quelques années et une tentative de me mettre à la guitare a rapidement avorté. Puis enfin nous avons démarré l’aventure EdiptiX.

X : Pour ma part, j’ai vite été fasciné par le DJing. Petit, j’aurais voulu apprendre à jouer de la batterie mais le bruit de l’engin n’a pas vraiment convaincu mes parents. Je me suis donc rabattu sur le beat dans le casque. J’ai donc assisté à la naissance de la house, de la techno et de la new beat 😊. Quand je sortais en discothèque, j’aimais me mettre tout près du DJ et le regarder travailler à ses platines et je tentais parfois de déchiffrer les titres qu’il passait…quand on n’avait pas internet et shazam, il fallait bien trouver des astuces. J’écoutais aussi l’émission qui colle les chaussettes au plafond sur la radio SIS le vendredi soir. Et je tentais de reproduire certains mixages chez moi avec la platine de mon frère et la mienne branchées sur une petite table de mixage basique. Je dois encore avoir l’une ou l’autre K7, témoignages de l’époque. Puis, avec les études et les aléas de la vie, j’ai quelque peu remisé le casque jusqu’à mes 40ans, lorsque mes parents m’ont offert 2 platines Denon DJ dignes de ce nom. Quelques quizz, soirées et un concert plus tard est né notre duo.

J : Quelles sont vos principales inspirations ?

X : La pop synthétique des années 80, la house, la techno, l’acid, la new beat des débuts (le fameux ‘AB Sound’)…des maxis, des maxis encore des maxis. Découvert bien plus tard grâce à l’émission ‘Remember Of Past’ de Hervé Hue, quelques waves qui ont inspiré ces genres, minimal wave, dark wave, cold wave. Et entre deux, la house progressive, le breakbeat et la techno minimale.

Des repères parmi d’autres The Art Of Noise, John Foxx, Jean-Michel Jarre, Air, Massive Attack, Leftfield, The Chemical Brothers, Vitalic, Dernière Volonté, Fever Ray.

Et aussi du rock, classique ou pas, progressif ou pas… Peter Gabriel, U2, Pink Floyd, Genesis, Queen, David Bowie

Last but not least, il y a un truc qui agit sur moi quand j’écoute de la musique douce et mélodieuse…je frisonne littéralement à l’écoute de l’adagio de la symphonie N°5 de Mahler ou du balcony scene de Craig Armstrong.

E : J’écoute beaucoup de choses. Quand ça ne me plait pas immédiatement je me force à écouter quelques fois avec une oreille critique.

Bien sûr il y a les valeurs sûres auxquelles je reviens régulièrement : Pink-Floyd, Jean-Michel Jarre,Radiohead, Massive Attack, Björk, Gorillaz, Allan Parsons.

Il y a aussi Eatstatic, Ozric Tentacules, Air, Massive Attack et dernièrement j’ai découvert Die Antwoord.

Ah oui, il y a aussi les Pet-Shop-Boys évidemment.

J : Comment fonctionnez-vous ? Quel est le processus créatif, votre manière de travailler ? Comment vous partagez-vous le travail et quel est votre rythme de travail ?

E : Nous avons commencé lentement et pour l’instant nous gardons ce rythme d’une soirée par semaine.

Aujourd’hui nous avons notre studio équipé qui nous permet de pleinement nous concentrer sur la musique. On a longtemps joué dans le salon, sur un coin de table…

En général on part d’une idée de mélodie apportée par l’un ou l’autre que je joue au clavier. On la rejoue en boucle, la fait évoluer et l’enregistre sur Cubase.

Ensuite X la travaille le reste de la semaine sur Cubase, édite le son, place la rythmique, teste des voix.

Quand on se revoie on met le morceau en place, on fait des choix et X arrange le tout pendant ses longues soirées.

J’avoue que je passe beaucoup moins de temps que X pour l’instant. Par compte j’écris la plupart des textes.

X : Nous travaillons lentement mais sûrement. Nous nous réservons une soirée de travail commun par semaine et le reste du temps nous échangeons par email et via un dropbox que nous partageons. Il n’y a pas vraiment de règles qui ont été définies, le travail se réparti un peu de façon naturelle et complémentaire je pense. E est plutôt hardware, jeu live et auteur alors que je suis plutôt software et (post)production. Bien qu’E ait un stock d’idées – vestiges de son passé de musicien, les idées viennent de chacun et sont développées lors de sessions live. On enregistre en Cubase et je travaille le morceau jusqu’à notre session suivante où on le revoit ensemble. On échange et on l’enrichit et ainsi de suite. Depuis que notre studio est disponible, notre confort a fortement augmenté et nous pouvons plus librement collaborer, ce qui nous rendra d’autant plus créatif.

J : De quoi parlent vos textes ? Y attachez-vous de l’importance ?

E : Oui je pense que c’est important. J’essaye d’écrire des choses qui ont du sens, qui font appel aux sentiments intérieurs et à l’exposition de l’individu au monde qui l’entoure.

Break the silence parle en fait d’un personnage timide quand il était jeune et qui s’exprime aujourd’hui au travers de sa musique.

J’ai encore du mal à écrire comme je le souhaiterai. Je manie facilement le français mais le passage en anglais fait perdre les nuances et les sonorités.

Aussi l’aspect rythmique du chant, le découpage des syllabes n’est pas encore optimal. Mais ça viendra, j’y travaille.

X : Je dois avouer qu’à la base, je suis plutôt attaché à la mélodie et aux sons. Alors quand E m’a dit qu’on allait chanter, j’ai cru un moment qu’il me faisait marcher…aucun de nous ne pratique le chant. Mais non, c’était sérieux et, à mon grand étonnement, je me suis pris au jeu. Ce qui a suscité un intérêt pour les paroles…puisque je les chante, enfin j’essaie – 

Les textes traitent de sujets tels que famille, amitié, introspection.

J : Beaucoup de travail en studio donc. Pensez-vous à jouer vos titres en live ?

E : En effet. Pour l’instant tout se passe en studio. Par contre je n’envisage pas de garder ces morceaux statiques sur un pc. Pour moi chaque morceaux doit pouvoir être interprété en live.

Pratiquement nous ne sommes pas encore à définir comment le faire, même si pour moi c’est évident, je serai derrière les claviers.

La question se posera probablement d’ici 1 à 2 ans. Après je pense qu’il existe plein d’opportunités sympas pour faire du live.

X : J’ai le trac…grave

J : L’aspect technologique semble important pour vous. Quelles sont vos machines préférées ?

X : C’est plutôt le rayon de E ça. Je ne suis pas grand spécialiste en la matière mais si je dois donner une référence, ce serait TB-303 et B&W Nautilus…mais ce n’est pas un synthé ça…vous voyez que je ne suis pas un spécialiste. Y a du boulot !!

E : Oui de mon côté c’est clair. J’ai toujours été fasciné par les synthés. Pour moi ils ont chacun un caractère sonore et un design particulier. Ma passion pour ces machines est véritablement physique.

Ce n’est pas que je ne crois pas dans les instruments virtuels, mais je n’y trouve pas le même plaisir.

Bien sûr j’aime chacune de mes machines, mais je suis très attaché à mes synthés qui m’ont suivi pendant plus de 20 ans et qui restent au premier plan : mon Korg Z1 et le Yamaha EX7.

Il y a aussi des machines beaucoup plus modernes dont j’attends beaucoup, mais chaque chose en son temps.

J : Vous avez mis un an à installer votre studio, votre set-up est donc complet aujourd’hui ?

E : Oui enfin, la question principale était de trouver la place pour installer ce volumineux hardware. Là le virtuel gagne indéniablement un point.

Après j’avoue que j’achèterai bien une machine de chaque marque et technologie si je pouvais.

Mais bon pour rester réaliste je pense que nous avons maintenant de quoi faire. On a à disposition une grande quantité de matos physique et virtuel et on n’en n’a pas encore exploité le quart.

Personnellement je compte bien approfondir l’utilisation de mes engins avant d’étendre ma collection.

X : Ce n’est pas toujours facile de calmer ses envies et de se préserver contre la boulimie acheteuse tant l’offre sur le marché abonde…et les vendeurs de VST ne cessent de vous envoyer des offres plus rutilantes les unes que les autres. Nous avons largement de quoi produire encore quelques albums avec notre arsenal.

J : Quel est votre rêve ? Quels sont vos projets pour le futur ?

X : si nous pouvions toucher le public, ce serait merveilleux…et faire un tube, ce serait le rêve, une sorte de reconnaissance ultime. Dans les projets pour la suite, continuer à m’améliorer et travailler sur le second album, explorer différentes approches et styles…il y a déjà des idées dans le pipe.

E : J’aimerai simplement pouvoir explorer les idées qui me passent par la tête, pouvoir concrétiser ces mélodies par des morceaux audibles par le public.

A côté de ça j’aimerai beaucoup avoir un retour des gens sur les réseaux sociaux. Ca ne doit pas forcément être ultra positif, mais critique. Voir que des gens écoutent avec intérêt ce qu’on fait.

J’ai déjà eu l’occasion de faire des concerts et des festivals, rien d’extraordinaire, mais j’ai pu y gouter.

Je crois que la musique électronique prend de plus en plus de place à côté des groupes et chanteurs habituels, classiques.

Ca serait sympa de faire une petite scène ou l’autre, mais sans plus. Ce serait trop d’investissement en temps et énergie.

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